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MOLEX : UN CONFLIT DEVENU EMBLEMATIQUE

L'usine Molex à Villemur-sur-Tarn doit fermer ses portes à la fin octobre 2009
© AFPLa fermeture de l'usine de Villemur-sur-Tarn est symbolique des délocalisations de groupes internationaux.
Le 23 octobre 2008, le groupe américain Molex, spécialisé dans la connectique électrique décide la fermeture définitive en juin 2009 de Molex Automotive à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). Un coup de massue pour la petite cité de 5000 âmes avec la perte de plus de 283 emplois. Retour sur un conflit qui s'est radicalisé au fil du temps.
Au fil des mois et des rebondissements, le conflit Molex est devenu un symbole de cette radicalisation des salariés face à l'attitude de grands groupes étrangers. L'incompréhension est totale entre les personnels qui estiment que leur usine est viable et des patrons qui considèrent qu'elle n'est plus rentable dans le cadre de leur stratégie internationale. Manifestations, actions en justice, intervention du gouvernement, violences, nomination d'un médiateur, le cas Molex a pris une dimension digne des grands conflits sociaux.
La faute à la crise ? Un débat commence à pointer derrière les dossier Molex, Sony, Caterpillar, Michelin, New fabris, ou encore Continental. Certains plans sociaux ne prennent-ils pas prétexte de la tourmente pour accélérer des processus, de délocalisations notamment, inscrits en fait dans les stratégies de quelques groupes ? Le cas de Molex alimente la polémique naissante. Le groupe met en avant l'impérative amélioration de sa compétitivité et ses "précautions" face à la chute des marchés. L'activité de Villemur doit être délocalisée alors même que Molex Automotive a dégagé un bénéfice de 1.2 millions d'euros en 2008 (chiffres du rapport du cabinet Syndex). Par ailleurs, en avril, les employés découvrent que Molex pille le savoir-faire de Villemur pour fabriquer les mêmes produits aux Etats-Unis depuis un long moment ce qui tendrait à prouver la préméditation de la fermeture de l'usine. Autre motif d'indignation des salariés : la direction s'oppose à une reprise du site par d'autres opérateurs, dans le but implicite de contenir la concurrence.
Le site de Villemur Villemur est le dernier site de connectique automobile en France. le groupe Molex l'a racheté en 2004 au groupe Snecma (actuel Safran) pour augmenter ses parts de marché en Europe. Ses composants életrctroniques alimentent les chaînes de montage des constructeurs automobiles comme PSA (60% de son chiffre d'affaires.) Localement, le canton sur lequel se situe l'usine ne compte plus que deux industries d'importance. Molex et Labinal (530 salariés). L'emploi industriel ne cesse de se dégrader dans cette zone rurale et Toulousene peut plus absorber les vicyimes des plans sociaux. A noter également que Freescale, fabricant de composants électronique installé à Toulouse a annoncé la suppression de plus d'un millier d'emplois d'ici 2011. |
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La colère des Molex s'exprime sous toutes les formes |
| Un feuilleton aux nombreux rebondissements |
23 octobre 2008 : La direction de Molex annonce la fermeture du site de Villemur en juin 2009. 28 octobre 2008 : Première grande réunion publique au théâtre de Villemur. 6 novembre 2008 : Le même jour se tiennent une réunion posant les bases du plan social et une opération ville morte qui réunit 4000 personnes à Villemur. 10 novembre 2008 : Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de l'industrie et de la consommation rencontre les salariés à Paris. 26 novembre 2008 : Les salariés manifestent devant le consulat des Etats-Unis à Toulouse. Ils rencontrent le Consul. (photo ci-contre) 23 décembre 2008 : Le temps de fêtes, les salariés dressent un campement devant l'usine où ils réveillonneront pour éviter l'utilisation des stocks. Ils reprendront le travail et libèreront les lieux le 3 janvier. 6 janvier 2009 : La direction saisit le tribunal de grande instance de Paris afin d'assigner le cabinet Syndex chargé d'aider les Molex dans leur combat. Elle somme ledit cabinet de fixer une date de remise de son rapport. 14 janvier 2009 : Manifestation devant la préfecture à Toulouse. 27 janvier 2009 : Molex annonce la volonté du groupe de fermer trois nouveaux sites : celle d'Ettlingen en Allemagne, celle d'Esco en Chine et celle de Kosice en Slovaquie où devait être délocalisée l'activité de Villemur. 10 février 2009 : Le TGI de Paris déboute la direction de sa demande concernant le cabinet Syndex. 12 février 2009 : Nouvelle réunion en vue du futur plan de sauvegarde de l'emploi. 4 mars 2009 : Réunion à la préfecture de Toulouse pour évoquer les pistes possibles de réindustrialisation. 20 avril 2009 : Les salariés séquestrent deux cadres de l'entreprise pendant 30 heures (photo ci-contre). Ils viennent de découvrir que la fermeture de leur usine était préméditée de longue date et qu'une double source de production a été mise en place pour contourner le site. 21 avril 2009 : Libération des deux cadres à condition de pouvoir "discuter de tout". La direction a assigné en référé devant le TGI de Toulouse le secrétaire du comité d'entreprise, Denis Parise, pour que les deux cadres puissent sortir. 23 avril 2009 : La direction interdit l'entrée au site aux salariés pendant deux jours pour l'ouverture de négociations. Le CE porte plainte pour délit d'entrave. 27 avril 2009 : Un salariés de Molex se vend sur ebay. 5 mai 2009 : Direction et salariés parviennent à un accord. La fermeture est repoussée de 4 mois et 2.5 millions d'euros sont alloués aux reclassements des employés. 7 mai 2009 : Les salariés entament une procédure de référé au TGI de Toulouse pour suspendre la procédure de fermeture du site et le plan de sauvegarde de l'emploi. 16 mai 2009 : Le cabinet Syndex remet son rapport sur la viabilité du site de Villemur. Il confirme que l'usine dégage des bénéfices. 19 mai 2009 : Le TGI de Toulouse donne raison aux salariés et suspend la fermeture de l'usine de Villemur. 5 juin 2009 : Des intérimaires sont embauchés alors que la direction annonce des baisses de production 09 juin 2009 : Manifestation à Paris pour la sauvegarde des emplois dans le secteur automobile. Une centaine de salariés de Molex y participent alors qu'au même moment, une délégation est reçue à Bercy. 02 juillet 2009 : Reprise de la procédure de fermeture. 06 juillet 2009 : Les salariés votent la grève illimitée. (photo ci-contre). Des élus socialistes de Midi-Pyrénées demandent une audience à Nicolas Sarkozy. 17 juillet 2009 : Une vingtaine de maires de communes proches de Villemur-sur-Tarn écrivent à Nicolas Sarkozy pour réclamer le maintien de l'usine 24 juillet 2009 : Deux dirigeants sont convoqués en correctionnelle pour délit d'entrave. 28 juillet 2009 : Premier contact avec le repreneur. 02 août 2009 : Christian Estrosi, ministre de l'industrie annonce que "la crise est un prétexte pour les dirigeants américains". Martin Malvy, président socialiste de la région Midi-Pyrénées estime que le gouvernement doit faire émerger un "groupe concurrent". 3 août 2009 : Nicolas Sarkozy, en visite à Caligny dans l'Orne annonce des états-généraux de l'industrie avant la fin de l'année. Il affirme également que "S'il y a un repreneur" pour Molex, l'Etat le garantira. 04 août 2009 : Rupture des discussions avec le repreneur. Un des dirigeants est bousculé lors de sa sortie de l'usine et est bombardé par des jets d'oeufs. La direction a de plus indiqué qu'elle ne souhaitait pas céder son activité car le groupe Molex continue d'être présent sur le marché. 05 août 2009 : La direction ferme l'usine pour raison de sécurité et assigne les salariés en référé pour débloquer le site. 06 août 2009 : Les salariés votent la reprise du travail mais sont empêchés de rentrer dans l'usine. La direction américaine prend les commandes du site. 11 août 2009 : Le juge des référés du TGI de Toulouse rejette la demande de fermeture provisoire du site de la direction pour des raisons de sécurité et ordonne aux représentants du personnel de cesser les entraves à la liberté du travail. 13 août 2009 : Un médiateur est nommé. Il s'agit de Francis Latarche 18 août 2009 : Première réunion entre le médiateur et les représentants du personnel (photo ci-contre) 19 août 2009 : Christian Estrosi se prononce pour le maintien de l'activité sur le site de Villemur 25 août 2009 : Rencontre entre la direction de Molex américaine et le ministre de l'Industrie. La direction annonce qu'elle maintient sa décision de fermer l'usine. 26 août 2009 : Les salariés sont reçus à Bercy. 28 août 2009 : Ouverture de discussions avec un potentiel repreneur. 31 août 2009 : Ouverture de discussions sur le paiement des salaires du mois d'août, préalable pour les syndicats aux négociations du plan de sauvegarde de l'emploi. 02 septembre 2009 : La direction accepte de payer une avance sur les salaires du mois d'août. Christian Estrosi affirme que la direction se comporte mal. Cette dernière rompt les discussions avec le repreneur. 03 septembre 2009 : Les salariés assignent la direction devant le tribunal des prud'hommes de Toulouse pour le paiement des salaires du mois d'août. Renault se dit prêt à revoir ses relations avec Molex. 09 septembre 2009 : Bernard Thibault en visite à Villemur annonce l'existence un nouveau repreneur. 10 septembre 2009 : Les élus socialistes de Midi-Pyrénées écrivent à Christian Estrosi. 14 septembre 2009 : HIG, fond d'investissement américain, est candidat à une reprise partielle de Molex. Les salariés sont toujours inquiets. La signature de l'accord intervient le lendemain. On parle de 20 postes réellement créés pour 283 licenciements. 15 septembre 2009 : Les salariés votent pour le plan de reprise partielle. Le plan voté par 140 voix contre 70 en toute fin de soirée permettra aux salariés de toucher environ un mois de salaire par année d'ancienneté. |
Solidarité des Molex
Un combat emblématique